| |
L'impact de la vidéosurveillance
sur la sécurité
des villes va pour la première
fois en France faire l'objet
d'une évaluation à
l'occasion de la mise en route,
lundi, à Marseille, d'un
réseau de caméras
dans un quartier test du centre
de la ville.
"Quelque 280 communes françaises
sont équipées
de systèmes de surveillance
vidéo et une cinquantaine
d'entre elles d'un système
plus particulièrement
orienté sur la prévention
de la délinquance. Mais,
paradoxalement, aucune étude
d'impact sur l'efficacité
du système n'avait jamais
été réalisée
en France", explique Eric
Chalumeau, commissaire divisionnaire
en disponibilité et directeur
de la société
Suretis (Caisse des dépôts)
chargée de cette évaluation.
Le projet vise à accompagner
visuellement les touristes de
leur arrivée à
la gare Saint-Charles jusqu'aux
quartiers touristiques et commerçants
de l'hypercentre, dont l'arc
du Vieux Port, en passant par
la Canebière.
Il prévoit à terme
80 caméras reliées
à un poste central par
fibre optique et une vingtaine
de visionneurs pour assurer
un fonctionnement 24 heures
sur 24.
Les images seront conservées
quinze jours pour les enquêtes
de flagrance de la police (maximum
légal un mois), indique
José Allegrini, conseiller
municipal chargé du contrat
local de sécurité
à l'origine du projet.
Ce dernier a obtenu fin décembre
le feu vert de la commission
départementale des systèmes
de vidéosurveillance
(émanation de la Commission
nationale de l'informatique
et des libertés).
"C'est pour nous à
la fois un instrument de sécurisation
et une composante du développement
économique de la ville",
résume cet ancien bâtonnier
du barreau de Marseille.
Mais avant d'engager un budget
de trois millions d'euros, la
ville a souhaité évaluer
l'efficacité du système
sur un site test.
Cinq caméras reliées
à un mini PC géré
par des employés municipaux
ont été installées
à Noailles, "quartier
sensible à tous points
de vue", selon M. Allegrini,
connu pour son "marché-souk"
et ses vendeurs à la
sauvette, que la municipalité
entend réhabiliter. Ces
caméras mobiles sont
dotées d'un zoom capable
de lire le logo d'un parfum
ou d'un paquet de cigarettes.
Le test, prévu pour six
mois, entend évaluer
les performances techniques
et humaines du système
ainsi que la réactivité
de la police à l'aune
d'une éventuelle réduction
de la délinquance, dont
une évaluation préalable
a été réalisée
sur le quartier. La ville souhaite
également tirer "des
informations précieuses"
sur "le fonctionnement
des services publics" pour
mieux lutter contre la saleté
"génératrice
du sentiment d'insécurité",
précise l'élu.
"Le système ne peut
visionner que l'espace public",
ajoute-t-il, se disant "très
attentif à la protection
des libertés individuelles".
"On y voit souvent une
solution, tout en devinant les
questions déontologiques
et les limites d'une surveillance
circonscrite, susceptible de
déplacer la délinquance
plutôt que l'arrêter",
estime Michel Vauzelle, président
de la région et ancien
Garde des Sceaux, organisateur
d'un récent colloque
sur la vidéosurveillance,
qui s'est dit "assailli
de mille doutes sur le sujet".
|
|